Jeudi 7 février 2008

Le feras-tu ? Le feras-tu, Héloïse ?

Elle contemplait le bucher.
Une main oscillait sur le pommeau de sa dague, l’autre sur sa Bible.
Pique l’aiguille.

L’amour ou la mort, Héloïse ?
L’amour, la mort ou la seule réconciliation possible les deux ?

Et une voix s’éleva par-dessus les cantiques.
Une voix de femme pure, limpide, cristalline, qui semblait jaillir de nulle part.
Elle lisait un texte de Saint Paul.

L’œil de l’évêque Aguilah s’alluma comme celui d’un aigle. […] 
Il était soudain envahi d’une haine sans borne.

 "… et je vais encore vous montrer une voie qui les dépasse toutes. Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je ne suis qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie, et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumône, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas l’amour, cela ne sert à rien."

 - Faites la taire, dit Aguilah. Faites la taire !

Mais Héloïse continuait. L’évêque la vit, dressée dans le soleil qui trouait soudain les nuages, un point refermé sur les grains de son chapelet qu’elle serrait jusqu’au sang, les voiles de sa robe flottant dans le vent. Sa chevelure s’était dénouée, s’échappant de son diadème pour venir ondoyer sur ses épaules. Elle avait tout d’un ange, maudit peut être, égaré en ce monde, et chacun de ses mots avait le tranchant d’un glaive.

"L’amour …
L’amour est obstiné ;
l’amour est serviable ;
Il n’est pas envieux ;
L’amour ne fanfaronne pas ; ne se gonfle pas ;
Il ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt,
Ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal …"

Aguilah se dressa de son fauteuil, manquant de déchirer son vêtement.

-Faites la taire ! cria-t-il.

"Il ne se réjouit pas de l’injustice
Mais il met sa joie dans la vérité.
Il excuse tout,
Il croit tout,
Il espère tout,
Il supporte tout."

Quelques soldats firent mine d’avancer vers la jeune femme.
Elle croisa le regard d’Aguilah, dont la main se crispa contre son sceptre.

"L’amour ne passera jamais."

Héloïse referma son livre, les yeux pleins de larmes.
Son regard parut se noyer dans le brasier qui n’en finissait pas.

Par [S*] Haeresis - Publié dans : La Religion Cathare - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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