"Michel Serres est catégorique: les bouleversements scientifiques et technologiques que
nous connaissons (du biologique à l'électronique) représentent l'équivalent du passage au néolithique, l'ère ou l'homme commença à cultiver la terre, à élever les bêtes pour mettre un terme à son
errance et à se fixer un territoire. On n'oserait pas s'aventurer à un diagnostic aussi vertigineux sans s'abriter sous l'autorité de l'un des penseurs contemporains les plus achevés auquel on
ait accès. Mais, dès lors qu'on retient cet enseignement, il faut bien en déduire des implications: des mutations de cette profondeur, aucun de nos ancêtres n'a eu à les subir depuis dix mille
ans.La société que nous produisons ne peut être comparée à aucune de celles qui nous ont précédés. Notre quotidien l'ignore, il reçoit les innovations avec un scepticisme blasé et il ne veut
surtout pas voir que nous sommes les premiers acteurs sur une scène historique renouvelée de fond en comble. Tout, absolument tout change. Notre alimentation, nos habitations, nos moyens de
transport, nos familles, nos conditions de travail, nos relations entre individus et avec le reste du monde, la durée de nos existences et les médecines qui y contribuent, tout chaque jour se
métamorphose, sauf la composante la plus essentielle à toute société, nos modes de gouvernements."
Marianne, N°557-558. Extrait de l'article 1640-2008: Comment naissent les révolutions.
Personne n'imagine jamais que le monde dans lequel on vit peut s'écrouler et s'évanouir.
Tout individu a toute période de l'Histoire de l'Humanité ne se l'est jamais imaginé.