Mardi 8 avril 2008

Grand flou sur l'émeute du Leclerc d'Allonnes Le 3 avril 2003, une vingtaine de jeunes « attaquait » le centre Leclerc d'Allonnes. Cinq ans après, le tribunal s'est beaucoup intéressé à l'attitude des vigiles... Il y avait un grand absent, hier après-midi, au tribunal correctionnel du Mans. Michel D., 44 ans, était le chef de la sécurité de la galerie commerciale du Leclerc d'Allonnes, lors de la terrible soirée de violences du 3 avril 2003. Entre 18 h et 19 h, deux incidents, sans rapport l'un avec l'autre, vont mettre le feu aux poudres. Ils opposent le chef des vigiles à deux jeunes d'Allonnes, Jean (1) puis ensuite Ziad (1). Tous deux vont aller chercher des proches pour revenir s'expliquer. Le bruit court dans la cité que des vigiles ont frappé des jeunes... Vers 20 h, c'est entre vingt et trente garçons armés de battes de base-ball et de barres de fer, qui assiègent la galerie commerciale. « Une situation de quasi-émeute », rappelle la présidente N'Guyen, en lisant les procès-verbaux. Plusieurs vigiles sont roués de coups, l'un d'eux est atteint d'un coup de couteau, heureusement sans gravité. Deux cocktails molotov sont lancés dans un sas d'entrée, la voiture d'un vigile et un véhicule des pompiers sont explosés à coups de barre de fer... Les gendarmes ne parviendront à ramener le calme qu'à grands coups de gaz lacrymogène. Hier, ils sont cinq debout devant les juges. Jean, 28 ans aujourd'hui, et son frère Matthieu, 26 ans, Ziad, 31 ans et son frère Ayman, 29 ans, ainsi que Samir, 28 ans. Ils comparaissent libres mais tous ont fait de la détention provisoire, parfois jusqu'à un an.

Alors, les « méchants caïds » contre les « gentils vigiles » ? D'emblée, la présidente N'Guyen laisse voir son malaise : « Je juge avec ce qu'on m'a transmis. » Contexte explosif Car il y a « le contexte », un mot qui revient dans la bouche de chaque avocat. Le contexte ? C'est d'abord Jean qui raconte. Il s'est embrouillé avec un vigile. Les coups sont partis et il a été expulsé manu-militari. Mais l'essentiel est ailleurs : « Il y avait un grand ras-le-bol avec les vigiles du Leclerc. Un an avant déjà, un copain s'était fait défoncer la mâchoire pour rien. Il avait porté plainte. Sans suite. Chez les gendarmes, notre parole ne valait rien contre celle des vigiles. » Puis, c'est Ziad qui vient à la barre. À fleur de peau. L'ancien petit braqueur condamné à six ans de prison se tenait à carreau depuis quinze mois, quand il s'est retrouvé ce soir-là face à Michel D. « Il m'a poussé à bout. Il a humilié mon amie devant tout le monde simplement parce son sac avait déclenché une sonnerie en entrant dans le magasin. Pas en sortant, en entrant ! [...] J'étais venu pour un litre de lait et j'ai gagné un an de plus en prison. Aujourd'hui encore, j'ai la haine. » Le doigt levé, Ziad parle haut mais la présidente a l'intelligence de le laisser s'exprimer. « Tout le monde à Allonnes savait que les vigiles se comportaient mal. Michel D. et les autres devraient être là. Ils avaient des armes. Eh bien non, il n'y a que nous. » Réponse de la présidente : « Je partage votre interrogation... »

Quand Ziad est revenu avec son petit frère Ayman, « pour s'expliquer verbalement » dit-il, et « parce que Ayman est plus calme que moi », c'est encore Michel D., qui va faire monter la violence d'un cran. Il casse un manche de pioche sur la tête d'Ayman, qui finit en sang aux urgences. Mohamed, un client qui se trouve en cause veut calmer le chef de la sécurité ? Un coup de bâton lui ouvre le cuir chevelu. Tous les vigiles sont désormais armés de battes ou de manches en bois. C'est dans ce « contexte » que Jean, son frère Matthieu, et d'autres jeunes déboulent, armés aux aussi. La bataille rangée peut commencer. « Mais si Jean n'était pas intervenu, Michel D. m'aurait achevé », assure Ayman. À la barre des victimes, Mohamed, le client victime, confirme : « Il était devenu comme fou. » Deux relaxes Michel D. n'est plus chef de la sécurité du Leclerc. Il a été condamné pour des vols commis dans le magasin. Toute l'équipe de sécurité a été changée. « Et il n'y a plus aucun problème... », soulignent les prévenus. Pour la procureure Fourmel, peu importe le contexte disséqué à l'audience, l'absence des vigiles ou encore l'ancienneté des faits, elle veut renvoyer une partie des prévenus en prison en requérant au-delà de la détention provisoire. Le tribunal ne l'a pas suivie. Ayman et Samir ont été relaxés.

Jean est condamné à douze mois de prison, son frère Matthieu à six mois, comme Ziad. Des peines couvertes par la détention provisoire. Michel D. est condamné à huit mois de prison, le double de ce que réclamait la procureure. (1) Tous les prénoms ont été modifiés car les prévenus ont été relaxés ou ont déjà purgé leur peine.

Source: Patrick ANGEVIN, Ouest France.

Par [S*] Haeresis - Publié dans : La Société Actuelle - Communauté : Tel est le monde !
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